La dynamique mondiale du crédit carbone : deux ans d’actualités marquantes

Expansion des politiques climatiques et marchés du carbone réglementés

De nombreux pays ont intensifié leurs politiques de tarification du carbone. En 2024, on dénombrait 80 instruments de tarification carbone en fonctionnement dans le monde, couvrant près de 28 % des émissions mondiales de gaz à effet de serreworldbank.org. Cela inclut 36 systèmes d’échange de quotas d’émission (ETS) et 39 taxes carbone, tant au niveau national que régionalifpenergiesnouvelles.fr. Des économies émergentes s’y sont mises : l’Indonésie a lancé son premier marché du carbone, l’Australie a transformé son mécanisme de sauvegarde en un quasi-ETS, et des États fédérés comme Washington (États-Unis) ont inauguré des marchés du carbone locauxifpenergiesnouvelles.fr. Même certains pays d’Afrique explorent cette voie, le Kenya ayant adopté en 2023 une loi cadre pour organiser son marché carbone et le Zimbabwe créant une autorité dédiée (ZCMA) pour réguler les projets et échanges de créditscoingeek.com. Résultat, plus d’un quart des émissions globales sont désormais couvertes par un prix du carbone, un chiffre en forte hausse par rapport à la décennie précédenteworldbank.org.

L’Union européenne a continué de renforcer son marché carbone historique (EU ETS). Depuis janvier 2024, celui-ci inclut le transport maritime, et il s’étendra aux bâtiments et transports routiers via un nouvel ETS 2 prévu en 2027ifpenergiesnouvelles.frifpenergiesnouvelles.fr. Parallèlement, l’Europe a mis en œuvre une taxe carbone aux frontières (Mécanisme d’ajustement carbone, ou MACF) en phase pilote fin 2023, afin de maintenir la compétitivité de ses industries tout en évitant les fuites de carbone. Ces mesures s’ajoutent à la hausse progressive du prix des quotas européens, qui avoisinait 80 € fin 2024 et pourrait atteindre 150 € d’ici 2030 selon les projectionsifpenergiesnouvelles.fr. En Chine, le marché national du carbone lancé pour le secteur électrique en 2021 s’est stabilisé et des plans d’extension à d’autres industries sont à l’étude, tandis que le Canada et d’autres pays fédéraux multiplient les initiatives infranationales (plusieurs provinces canadiennes ont adopté la taxe carbone fédérale en 2023)ifpenergiesnouvelles.fr. D’après la Banque mondiale, les recettes publiques issues des taxes et marchés carbone ont atteint un record de 104 milliards de dollars en 2023ifpenergiesnouvelles.fr, puis plus de 100 milliards en 2024, dont la moitié réinvestie dans des projets verts ou d’infrastructureworldbank.org. Toutes les grandes économies émergentes envisagent désormais un prix du carbone, preuve que cet outil est devenu central dans la panoplie climatique mondiale.

Sur le plan multilatéral, les États ont également avancé vers un marché mondial du carbone dans le cadre de l’Accord de Paris (Article 6). Fin 2024, la COP29 à Bakou a abouti à des règles opérationnelles pour les échanges de quotas entre pays (Article 6.2) et à l’établissement du Paris Agreement Crediting Mechanism (PACM), un nouveau mécanisme onusien de crédits carboneclimeco.com. Ce cadre global permettra de certifier des réductions d’émissions transférables entre pays, tout en évitant le double comptage. Toutefois, des débats subsistent sur l’intégrité de ce futur marché international, notamment concernant l’intégration d’anciens crédits du Protocole de Kyoto sans réévaluation de leur additionnalitéclimeco.com. En parallèle, le secteur de l’aviation civile a poursuivi la mise en place du dispositif CORSIA de l’Organisation de l’aviation civile internationale, qui oblige dès 2024 les compagnies aériennes volontaires – et à terme l’ensemble du secteur en 2027 – à compenser la croissance de leurs émissions via des crédits carbone qualifiés. À l’échelle mondiale, on observe ainsi un double mouvement : généralisation des marchés carbone réglementés et amorce d’une interopérabilité internationale via l’Accord de Paris, signe d’une intégration croissante du crédit carbone dans les politiques climatiques globales.

Innovations technologiques au service des crédits carbone

Les deux dernières années ont vu un essor d’innovations technologiques visant à améliorer la qualité et la transparence des crédits carbone. En particulier, les outils de suivi et de vérification (MRV) ont fait un bond en avant grâce au numérique. Par exemple, l’intelligence artificielle (IA) combinée à la télédétection par satellite permet désormais de surveiller quasiment en temps réel l’évolution de projets forestiers ou agricoles sur de vastes superficies, en analysant des images haute résolution pour estimer la biomasse ou la santé des écosystèmesgreen.earthgreen.earth. Des capteurs au sol couplés à des modèles prédictifs peuvent suivre le carbone stocké dans les sols ou la croissance des arbres, afin d’ajuster les pratiques et maximiser le captage de CO₂. Ces avancées rendent les crédits plus fiables en réduisant l’incertitude scientifique et les coûts de vérification.

En parallèle, la technologie blockchain s’est invitée dans le marché du carbone pour renforcer la confiance. Les registres de crédits basés sur la blockchain offrent un grand livre décentralisé et immuable qui trace chaque crédit du projet initial jusqu’à son utilisation finale, empêchant toute manipulation ou double comptagegreen.earth. En Afrique, le Zimbabwe a fait figure de pionnier en 2025 en lançant le premier registre national de crédits carbone adossé à la blockchain, avec l’ambition de rendre les transactions entièrement transparentes après des scandales de fraudes dans le système précédentcoingeek.comcoingeek.com. D’autres pays pourraient suivre cette voie, voyant dans le numérique un moyen de crédibiliser leurs crédits sur le marché international. De même, la tokenisation des crédits carbone a gagné du terrain : plusieurs plateformes privées proposent de convertir des crédits en jetons numériques pour faciliter les échanges et attirer de nouveaux investisseurs, bien que cette tendance reste débattue quant à son apport réel en matière de climat.

Les innovations touchent aussi les méthodes de terrain. Des programmes pilotes utilisent des drones équipés de caméras 3D pour cartographier des forêts entières ou même planter des arbres de manière ciblée, accélérant les efforts de reforestationgreen.earthgreen.earth. Des capteurs IoT gèrent l’irrigation intelligente sur des projets agroforestiers pour optimiser la croissance des plants en zones aridesgreen.earth. Par ailleurs, de nouvelles techniques de carbon capture voient le jour, comme la capture directe du CO₂ atmosphérique, la production de biochar (charbon végétal stockant du carbone dans les sols) ou l’altération de roches améliorée – autant de solutions qui génèrent des crédits carbone de retrait de carbone. Ces crédits d’élimination, perçus comme plus permanents, commencent à attirer un premium sur le marché par rapport aux crédits de simple réduction d’émissionsworldbank.orgmsci.com. Globalement, l’alliage de la technologie et de la finance carbone promet d’accroître l’efficacité et la fiabilité des crédits carbone, condition indispensable pour gagner en échelle tout en répondant aux critiques.

Initiatives agricoles et crédits carbone naturels

Le secteur agricole et forestier est au cœur des crédits carbone dits nature-based (fondés sur la nature) et a connu des développements notables. De plus en plus, on encourage les pratiques agricoles durables qui séquestrent du carbone dans les sols ou la biomasse, offrant un double bénéfice climat et environnement. Aux États-Unis, un rapport du Département à l’Agriculture (USDA) fin 2023 a souligné le potentiel des agriculteurs à générer des crédits carbone via des pratiques comme la culture de couverture, la réduction du travail du sol, la gestion des forêts ou des pâturagesusda.gov. Ces crédits pourraient fournir de nouveaux revenus aux exploitants tout en aidant les entreprises à atteindre leurs objectifs climatiques volontairesusda.gov. Toutefois, le rapport pointe aussi des obstacles persistants : le faible retour sur investissement pour les fermiers, dû aux coûts élevés de mesure, vérification et certification du carbone stockéusda.gov. Pour y remédier, l’administration Biden a investi 300 millions de dollars en 2023 afin d’améliorer les outils de quantification et de suivi des gaz à effet de serre dans l’agriculture intelligenteusda.gov. Une loi bipartisane (Growing Climate Solutions Act, fin 2022) prévoit également de faciliter l’accès des agriculteurs aux marchés carbone, notamment via un programme d’assistance technique et d’homologation des vérificateurs tiersusda.gov.

En Europe, l’agriculture bas-carbone bénéficie aussi d’un appui politique accru. Fin 2024, l’Union européenne a adopté le Règlement sur la certification des absorptions de carbone et du “carbon farming” (CRCF), premier cadre communautaire pour reconnaître et certifier les projets de captation de carbone dans les sols, forêts et produits biosourcésclimate.ec.europa.eu. Ce dispositif volontaire fixe des critères de qualité communs et des exigences de suivi rigoureux, afin de canaliser les investissements vers les technologies de captage innovantes ou les pratiques agricoles durables, tout en évitant le greenwashingclimate.ec.europa.eu. Concrètement, un agriculteur européen pourra faire certifier les tonnes de CO₂ qu’il absorbe (par exemple en stockant du carbone dans son sol grâce au non-labour ou à l’agroforesterie) et potentiellement vendre ces “crédits carbone agricoles” à des entreprises en quête de compensation. D’autres initiatives, comme le réseau Carbon Farming Initiative soutenu par le programme LIFE, rassemblent des centaines de fermes pilotes à travers l’Europe pour tester ces approches et réduire leur empreinte carbone de 15 % d’ici 2027climate.ec.europa.eu.

Sur le terrain, de grands acteurs privés se positionnent également. Des sociétés agro-industrielles et des startups proposent aux cultivateurs des programmes de rétribution carbone : par exemple, en Amérique du Nord, des entreprises comme Indigo Ag ou Nori rémunèrent les agriculteurs qui améliorent la santé de leurs sols (via couverts végétaux, rotation, etc.) en leur reversant une partie des revenus de crédits vendus à des acheteurs volontaires. En 2023, on observe ainsi un engouement croissant pour ce qu’on appelle la “carbon farming” ou agriculture régénérative. Les crédits issus de projets agricoles, bien que modestes comparés aux crédits forestiers, commencent à augmenter : selon Ecosystem Marketplace, le volume de transactions liées à des projets de séquestration agricole ou d’efficacité énergétique domestique a progressé en 2023, même si le marché global, lui, ralentissaitforest-trends.org. Cela traduit l’intérêt pour des projets offrant à la fois des réductions d’émissions et des co-bénéfices locaux (fertilité des sols, résilience des cultures, revenus supplémentaires pour les fermiers). Néanmoins, la fiabilité de ces crédits “verts” doit être rigoureusement assurée : des études ont mis en garde contre le risque de sur-estimation du carbone stocké dans les sols selon les protocoles actuels, et insistent sur l’importance d’un suivi scientifique robuste pour que ces initiatives agricoles déploient tout leur potentiel climatique.

Turbulences sur le marché volontaire du carbone

Graphique : Principaux acheteurs historiques de crédits carbone volontaires (en millions de tonnes de CO₂). Les entreprises des secteurs de l’aviation (barres vertes) et de l’énergie fossile (barres rouges) dominent le classement mondial des acheteurs de crédits, illustrant le rôle prépondérant des grands émetteurs dans la demande de compensationcarbonmarketwatch.org.

Le marché volontaire du carbone – où les entreprises achètent des crédits pour compenser volontairement leurs émissions – a traversé une période chaotique depuis 2022. Un graphique récent montre que les principaux acheteurs de crédits carbone volontaires au fil du temps sont majoritairement de grands émetteurs industriels ou du transport aériencarbonmarketwatch.org. Delta Air Lines (compagnie aérienne) reste le plus gros acheteur cumulé à ce jour, bien qu’elle ait gelé ses achats dès 2022, tandis qu’en 2024 c’est Shell (compagnie pétrolière) qui a pris la tête annuelle en retirant 14,1 millions de crédits – près de trois fois plus que le second, Microsoftcarbonmarketwatch.orgcarbonmarketwatch.org. Huit des dix plus gros acheteurs historiques identifiés opèrent dans l’énergie, l’aviation ou l’automobile, soulevant des questions sur l’usage qu’ils font de ces crédits. Les ONG accusent certaines entreprises d’utiliser la compensation carbone comme un levier de greenwashing, retardant leurs efforts de réduction internes tout en affichant des stratégies “neutralité carbone” sur le papiercarbonmarketwatch.orgcarbonmarketwatch.org. Ce phénomène, qualifié de “double jeu”, permettrait à des pollueurs de sidestep (contourner) des actions de fond tout en se parant d’une image vertecarbonmarketwatch.org. La prédominance de compagnies pétrolières parmi les acheteurs a en tout cas jeté une lumière crue sur le marché volontaire et ses dérives possibles.

Sur le plan conjoncturel, le marché volontaire a connu un coup de frein marqué en 2023 après le boom de 2021-2022. D’après les données d’Ecosystem Marketplace, le volume de transactions de crédits volontaires a chuté de 56 % en 2023 par rapport à 2022, retombant à environ 723 millions de dollars de valeur échangéeforest-trends.orgforest-trends.org. Cette contraction fait suite à une série de révélations qui ont érodé la confiance. Début 2023, une enquête journalistique retentissante (The Guardian, Die Zeit, SourceMaterial) a révélé que plus de 90 % des crédits de protection forestière (REDD+) certifiés par Verra n’avaient pas de bénéfice climatique réel, la déforestation évitée ayant été largement surestimée dans les scénarios de référencecarbone4.com. En clair, la plupart de ces crédits n’ont pas empêché davantage de perte de forêts que si les projets n’avaient pas existé – un constat accablant qui a suscité stupeur et méfiance dans l’industrie. D’autres analyses ont pointé que de nombreux projets financés par le marché volontaire (reforestation, projets éoliens ou solaires dans certains pays) manquaient d’additionnalité, c’est-à-dire qu’ils auraient pu se produire même sans l’argent des créditscarbonmarketwatch.org. Ces failles de qualité – qualifiées de “junk credits” par certains observateurs – ont conduit à une avalanche de mauvaise publicité en 2023, avec à la clé des annulations de contrats et un attentisme des acheteurs.

En effet, nombre d’entreprises ont suspendu ou ralenti leurs achats de crédits l’an dernier, en attendant d’y voir plus clair sur la fiabilité des différents types de projetsforest-trends.org. Les crédits issus de la lutte contre la déforestation, jadis très prisés, ont vu leur volume d’échange s’effondrer (–62 % de valeur en un an) après les polémiques sur Verraforest-trends.org et l’annonce que certaines méthodologies REDD+ seraient révisées. Même les crédits d’énergies renouvelables ont reculé, les acheteurs se détournant de projets dont l’impact additionnel est jugé trop faible (par exemple financer un parc solaire dans un pays où il aurait été construit de toute façon)forest-trends.org. En revanche, certaines catégories de projets volontaires ont émergé ou résisté : les crédits liés à l’efficacité énergétique, à l’agriculture ou aux dispositifs de cuisson propres ont augmenté en 2023, tout comme les projets offrant des co-bénéfices sociaux et environnementaux vérifiés (biodiversité, eau, développement local) qui représentent désormais plus d’un quart des transactionsforest-trends.org. Les acheteurs semblent donc se tourner vers des crédits premium, jugés plus vertueux, quitte à en payer le prix plus cher. Le tarif moyen d’une tonne de CO₂ volontaire est d’ailleurs resté aux alentours de 6 $ en 2023 – en léger repli par rapport à 2022, mais encore 60 % plus élevé qu’en 2021tema-agriculture-terroirs.frforest-trends.org – signe que la demande subsistante se concentre sur des crédits de meilleure qualité et plus onéreux (par exemple des projets d’absorption carbone ou avec certification de co-bénéfices).

Face à ces turbulences, des efforts majeurs ont été entrepris pour restaurer la confiance dans le marché volontaire. En 2023, l’Integrity Council for the Voluntary Carbon Market (ICVCM) – un organe international indépendant – a lancé ses Core Carbon Principles (CCP), un référentiel de 10 principes visant à définir ce qu’est un crédit carbone de haute intégrité (gouvernance transparente, réduction réellement additionnelle et permanente, contribution au développement durable, etc.)insideenergyandenvironment.com. Parallèlement, l’initiative VCMI (Voluntary Carbon Markets Integrity Initiative), soutenue par plusieurs gouvernements, a publié un code de bonnes pratiques pour l’usage des crédits carbone dans les communications des entreprises (Claims Code of Practice, juin 2023). Ce guide aide les entreprises à formuler des revendications climatiques crédibles, évitant par exemple de se dire “neutralisées” uniquement via des compensations, sans efforts de réduction internes. Bien que leur mise en œuvre soit progressive, ces initiatives d’intégrité commencent à porter leurs fruits : fin 2024, les premiers programmes de crédits ont été évalués par l’ICVCM et certains crédits volontaires devraient recevoir un label CCP garantissant leur qualité. De même, de grandes coalitions d’acheteurs s’organisent pour exiger davantage de transparence. Les standards principaux (Verra, Gold Standard…) sont poussés à publier l’identité des entreprises qui annulent des crédits sur leurs registres – une information jusqu’alors souvent confidentiellecarbonmarketwatch.org. L’objectif est de lever l’opacité du marché et de permettre aux observateurs de vérifier qui compense quoi, et comment.

En dépit des remous, le marché volontaire du carbone n’est pas mort : il se restructure. Les acteurs les plus sérieux intègrent désormais les crédits carbone dans une démarche “au-delà de la chaîne de valeur” plutôt que de simple offset, conformément aux recommandations récentes de la Science Based Targets initiative (SBTi) qui a alerté sur les risques d’une compensation mal utiliséecarbonmarketwatch.org. Et surtout, l’urgence climatique demeure – comme l’a tristement rappelé 2023, devenue l’année la plus chaude jamais enregistrée. De nombreux experts estiment qu’après cette phase de consolidation, la demande de crédits de qualité pourrait repartir fortement à l’approche des échéances 2030 des plans climat d’entreprises et de pays. Selon une analyse de MSCI, le marché volontaire, évalué à ~1,4 milliard $ en 2024, pourrait croître jusqu’à 7 à 35 milliards $ d’ici 2030, et même 250 milliards en 2050 dans le scénario d’une planète atteignant la neutralité carbonemsci.com. Un rebond qui ne se réalisera cependant qu’au prix d’une intégrité restaurée : seuls des crédits vraiment additionnels, transparents et traçables auront la crédibilité nécessaire pour attirer à nouveau les financements privés indispensables aux actions climatiques sur le terrain. Les deux années écoulées, riches en leçons, montrent la voie d’un crédit carbone plus exigeant mais aussi plus structuré – un outil en évolution, au cœur des stratégies climatiques mondiales.

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